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En Tunisie, ruée sur les vaccins contre le Covid-19
par AFP,
le 20 juillet 2021

"J'attends mon tour depuis février, et j'espère être vaccinée aujourd'hui": comme des milliers de jeunes Tunisiens, Karima Mahdouni s'est résolue à patienter des heures sous le soleil mardi dans l'espoir d'obtenir une dose de vaccin contre le Covid-19.

Des foules de personnes se sont rassemblées dès le matin devant les 29 centres de vaccination exceptionnellement ouverts à tous les adultes mardi et mercredi, sans rendez-vous, occasionnant cohue et bousculades. 

L'initiative avait été annoncée la veille par le gouvernement à l'occasion des jours fériés de l'Aïd al-Adha, la plus importante des fêtes musulmanes.

Depuis mars, la Tunisie convoque ses habitants pour se faire vacciner par tranche d'âge. Seuls les plus de 50 ans et certaines professions prioritaires sont pour le moment concernés alors que le pays connait depuis quelques semaines une hausse des cas inédite.

"Je suis dialysée. Pour moi, se faire vacciner devrait être obligatoire", souligne Mme Mahdouni, 36 ans.

Mais, alors qu'elle est arrivée à midi, soit une heure avant l'ouverture du centre de vaccination du Palais des Congrès de Tunis, tous les tickets avaient déjà été distribués. Pas sûr donc qu'elle puisse obtenir une dose.

Même chose à Radès, dans la banlieue sud de la capitale. "On m'a dit qu'il y avait 1.000 doses de vaccins, et quand je suis arrivé à 13H00, les 1.000 tickets étaient déjà distribués", regrette Rami Nebli, 28 ans.

- "Trop risqué" -

"Je veux me faire vacciner pour qu'on puisse reprendre notre vie, mais il y avait des milliers de gens qui attendaient alors je suis rentré: c'était trop risqué d'attraper le Covid", estime-t-il.

Anis, lui, est arrivé dès 09H00 heures. Volontaire à la protection civile, il participe au transport de malades du coronavirus, mais n'a toujours pas été vacciné car il n'a que 21 ans et n'exerce pas une profession médicale.

"Je me fais vacciner pour couper cette vague, et pour me protéger", souligne le jeune homme venu en famille de Ouardia, quartier populaire de Tunis. Sa soeur Sarra, 18 ans, a décidé de venir aussi "pour protéger (ses) parents".

La Tunisie traverse ces dernières semaines un pic de contamination inédit depuis le début de la pandémie et ses hôpitaux sont débordés.

La campagne de vaccination est longtemps restée poussive, d'autant que les stocks de vaccins étaient jusqu'à récemment très limités. Quelque 937.000 personnes ont été vaccinées, soit environ 8% de la population, un taux trop bas pour freiner la contagion même s'il est parmi les plus élevés d'Afrique.

Face aux pénuries d'oxygène, de personnel médical et de lits de réanimation, la situation sanitaire en Tunisie est devenue catastrophique, poussant de nombreux pays à envoyer des aides médicales ces derniers jours.

La Tunisie, 12 millions d'habitants, dispose désormais d'environ 3,2 millions de doses et devrait dépasser les 5 millions de vaccins disponibles à la mi-août, a indiqué à l'AFP le ministère de la Santé.

- "Course contre la montre" -

En attendant et en dépit d'une réticence initiale envers les vaccins Sinopharm et AstraZeneca -- administrés lors de cette campagne de vaccination "portes ouvertes" --, les organisateurs ont été dépassés par les Tunisiens venus en masse se faire vacciner.

Dans la ville côtière de Mahdia, le gouverneur a ainsi dû interrompre les opérations car il y avait beaucoup trop de candidats par rapport au nombre de doses, selon une radio locale.

Autre signe de l'engouement des Tunisiens: le nombre d'inscrits sur la plateforme gouvernementale "evax", passage obligé pour la vaccination, qui a enregistré quelque 100.000 nouvelles inscriptions entre lundi et mardi, dépassant les 3,6 millions de personnes.

"C'est une course contre la montre", indique à l'AFP la pédiatre Rafla Tej Dellagi, responsable du centre de vaccination de Tunis centre. Selon elle, il faudrait vacciner 100.000 personnes par jour contre 40.000 actuellement pour couper la chaîne de transmission. 

Face au succès de l'opération de vaccination ouverte à tous, le ministère de la Santé a annoncé mardi qu'il la poursuivrait "pendant les prochains jours (...) selon un planning qui sera annoncé ultérieurement". 

Les vaccins devraient en outre être accessibles en pharmacies à partir de la semaine prochaine pour les personnes âgées de plus de 40 ans.