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Le Mozambique vote pour ses maires dans un climat politique tendu
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le 8 octobre 2018

Les Mozambicains se rendent aux urnes mercredi pour choisir leurs maires dans un climat politique lourd d'incertitudes sur les discussions de paix engagées entre le régime du président Filipe Nyusi et l'ex-rébellion devenue opposition.

A un an d'élections générales cruciales, la campagne s'est achevée dimanche sur fond de violences entre les partisans du parti au pouvoir, le Front de libération du Mozambique (Frelimo), et son éternel rival du Renouveau national du Mozambique (Renamo).

La police a recensé depuis deux semaines une cinquantaine d'incidents qui se sont soldés par un bilan de 5 morts, 40 blessés et 28 personnes arrêtées, pour la plupart issus de l'opposition.

Au point de contraindre le chef de la Renamo à sortir de sa réserve pour menacer de faire intervenir l'aile armée de son parti.

"Nos membres et nos sympathisants nous demandent l'intervention des +Rangeres+ pour les protéger, puisque les forces de l'ordre ne font rien", a lancé la semaine dernière aux médias Ossufo Momade, qui a également accusé les autorités de vouloir "bourrer les urnes".

"Les autorités doivent (...) immédiatement prendre au sérieux ces accusations d'intimidation et de violences", a réagi auprès de l'AFP Zenaida Machado, de l'ONG Human Rights Watch (HRW). "Ne pas le faire pourrait générer un climat de peur, de méfiance et de tension susceptible de peser sur les résultats".

Ancienne guérilla transformée en parti politique à la fin de la guerre civile (1976-1992), la Renamo a repris les armes en 2013 pour dénoncer la mainmise absolue du parti au pouvoir sur le pays depuis son indépendance en 1975.

- Villes test -

Son chef historique, Afonso Dhlakama, avait toutefois récemment renoué le dialogue avec le président Nyusi.

Les deux hommes se sont mis d'accord sur une réforme de décentralisation. Malgré la mort de M. Dhlakama en mai, un terrain d'entente a aussi été trouvé sur l'intégration des combattants de la Renamo dans l'armée et la police.

La paix n'a jamais paru aussi proche depuis des années, mais les élections locales ont ravivé les tensions entre les deux camps.

Le Frelimo contrôle 49 des 53 municipalités dont les électeurs vont élire mercredi les responsables. Mais celles tenues par la Renamo - Beira, Nampula et Quelimane - sont les trois plus importantes du pays après la capitale Maputo.

La bataille pour ces agglomérations s'annonce acharnée. La crise financière que traverse le pays a nourri le mécontentement de la population urbaine à l'endroit du régime. Elle laisse présager un effritement de leur soutien au Frelimo, qui s'inquiète.

"Certains (du régime) refusent que des villes comme Nampula restent au main de la Renamo. Cela suggère que tout l'appareil d'Etat va être utilisé pour assurer la victoire du Frelimo, quel qu'en soit le prix", a averti l'analyste politique Domingos do Rosario, de l'université Eduardo Mondlane de Maputo.

La Commission électorale, largement inféodée au régime, a déjà éliminé certains candidats menaçants de la Renamo.

- 'Magouille' -

Venancio Mondlane a été ainsi écarté de la course à la mairie de Maputo pour des raisons de forme, confirmées par la Cour constitutionnelle. "De la magouille", a accusé son parti.

La même Commission a également interdit de candidature Samora Machel Jr, le fils du premier président du pays. Il se présentait sous les couleurs de la société civile après le refus du Frelimo de lui offrir la tête de sa liste.

La nouvelle loi électorale pourrait aussi favoriser le régime.

Elle accorde la victoire à la liste qui a obtenu la majorité relative, alors que la majorité absolue était requise auparavant. Son vote au Parlement a longtemps été retardé par l'opposition.

"C'est un texte sur mesure pour le Frelimo", a relevé pour l'AFP Adriano Nuvunga, professeur de sciences politiques à l'université Eduardo Mondlane.

"L'opposition, la Renamo et le Mouvement démocratique du Mozambique (MDM), se disputent la même frange de l'électorat, soit environ 60% des votants", a-t-il noté, "il suffira au Frelimo de rafler les 40% restants pour gagner".

M. Nuvunga veut toutefois croire que ces forts enjeux ne feront pas dérailler le processus de paix. "L'idée qui prévaut est d'aller jusqu'aux élections générales de 2019", a-t-il prédit.

Hors du duel Frelimo-Renamo, des incertitudes existent sur le bon déroulement du scrutin dans le nord du pays, où une insurrection jihadiste a fait en un an 90 morts, selon un récent bilan officiel.

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