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Affaire Kieffer: le début du dénouement?
par Mahorou KANAZOE,
le 11 janvier 2012

Mise à jour du 12 janvier: Les expertises ADN ont montré que le squelette exhumé le 6 janvier en Côte d'Ivoire n'était pas celui de Guy-André Kieffer, a indiqué aujourd'hui à l'AFP Me Alexis Gublin, avocat du frère du journaliste franco-canadien enlevé en 2004. "C'est une déception pour la famille parce que ça ne permettra pas de commencer le deuil mais ça ne remet en rien en cause l'enquête en cours", a estimé Me Gublin.

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Dans l’affaire Guy André Kieffer, du nom de ce journaliste franco-canadien disparu en Côte d’Ivoire depuis 2004, l’espoir renaît. La possibilité désormais donnée au juge Patrick Ramaël, de mener librement ses investigations est, en soi, une évolution de taille. Il a passé huit ans, depuis le déclenchement de l’affaire, à tourner en rond, parce que tourné en bourrique par le régime de Laurent Gbagbo.

Et voilà que, comme par enchantement, moins d’un an après la chute du régime sous lequel on a perdu toute trace du journaliste, le dossier commence à avancer à grands pas. La découverte d’un squelette susceptible d’être celui de Kieffer participe de ce nouvel élan que connaît la procédure judiciaire. Mais rien n’est encore gagné. D’abord, il faut faire parler l’ADN, pour savoir si oui ou non ce squelette est celui du journaliste. Deux hypothèses sont plausibles.

Première probabilité, les tests d’ADN peuvent révéler qu’il s’agit de la dépouille d’une autre personne. Il faudra alors tout reprendre à zéro, remettre l’ouvrage sur le métier. Une enquête judiciaire n’est jamais linéaire. Les conditions favorables actuelles ne signifient pas que tout coulera de source. La deuxième hypothèse est celle qui confirme toutes les craintes, à savoir l’assassinat de Kieffer. Une énigme sera certes résolue, mais il restera de nombreuses autres interrogations.

L’écheveau tissé par les présumés tueurs

Le juge Ramaël ne sera donc pas au bout de ses peines. Il aura apporté une réponse, certes essentielle, à l’une des trois questions qui obsèdent l’épouse de Kieffer, Osange Silou: « Où est mon mari? » Mais il lui restera à éclaircir les deux autres : « Qui l’a enlevé? Pourquoi? » La justice devra donc démêler l’écheveau tissé par les présumés tueurs et remonter jusqu’aux commanditaires.

On peut croire que le juge Ramaël et le gouvernement français, qui n’ont jamais baissé les bras même quand l’environnement politique et judiciaire leur était hostile, se feront le devoir d’aller jusqu’au bout de cette affaire. Cette tenacité est d’ailleurs le propre des Etats de droit où un crime ne doit pas rester dans les oubliettes, impuni. Tôt ou tard, la vérité éclora. L’autre leçon de la relance de ce dossier, c’est son caractère pédagogique. Les dirigeants ivoiriens doivent se faire le devoir de protéger les journalistes, même quand ils sont gênants.

Dans la Côte d’Ivoire renaissante, tout détenteur d’une parcelle de pouvoir doit se rendre à l’évidence: on ne peut plus commettre impunément des exactions contre les journalistes qui ne font que leur boulot, a fortiori, attenter à leur vie. C’est à une nouvelle gouvernance respectueuse de la vie humaine en général, et de la liberté de la presse en particulier, qu’invite l’affaire Guy André Kieffer.

La Côte d’Ivoire n’a jamais connu autant d’assassinats et de crimes que sous le régime de Laurent Gbagbo. Le crime politique a été hissé à un niveau jamais égalé. Il faut donc exorciser ces années de plomb, en faisant la lumière sur la mort de Kieffer, mais aussi de tous ceux qui sont tombés sous les balles assassines du pouvoir Gbagbo. C’est seulement à ce prix que les familles pourront vraiment pardonner.

Mahorou KANAZOE

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