diasporas
Un migrant africain sur deux reste sur le continent
par Slate Afrique,
le 12 décembre 2013

Sommée d’agir face au raz-de-marée médiatique de Lampedusa, Bruxelles vient de prendre des mesures pour clarifier les règles de sauvetage des réfugiés. Lundi 9 décembre 2013, la Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures du Parlement européen a adopté un texte précisant le mode opératoire de l’agence Frontex, chargée du surveiller les frontières extérieures de l’Union européenne.

Pointés du doigt pour leurs atermoiements lors de plusieurs naufrages, les garde-côtes bénéficieront dorénavant d’un cadre d’intervention mieux défini. Ils seront également appuyés par le dispositif de surveillance des frontières maritimes Eurosur, lancé lundi 2 décembre 2013.

Dans le même temps, les euro-députés ont approuvé un nouveau système de partage de données devant permettre de repérer les embarcations plus en amont. Comprendre, avant qu’elles n’atteignent les «zones de recherche et de secours», qui obligent les autorités compétences à recueillir les naufragés.

En France aussi, les élus ont exprimé leur préoccupation à l’égard des migrations en provenance du Maghreb. Dans un rapport rendu le 28 novembre au ministre de l’Intérieur, la sénatrice Valérie Létard (UDI) et le député Jean-Louis Touraine (PS) mettent en garde contre les défauts d’une politique d'accueil des réfugiés «menacée par l’afflux d’une immigration économique massive.»

Appelé à être réformé, le droit d’asile français devrait s’inspirer de la rigueur de Lisbonne et Madrid. Paris pourrait aussi leur emprunter l'idée des filières d’immigrations choisie. Un euphémisme pour qualifier les visas dorés accordés aux étrangers qui s’engagent à investir au Portugal ou en Espagne.

C’est du moins ce qu’a laissé penser Pierre Moscovici, le ministre français de l'Economie et des Finances, lorsque, au début du mois de décembre, il confiait à Jeune Afrique son intention de distinguer les migrants en fonction de leur carnet de chèque:

«Concernant les visas, il faut dissocier la question des flux migratoires de celle touchant aux mouvements des élites africaines. Ces dernières doivent voir dans la France une terre accueillante», a plaidé le ministre des finances français.

Vu d’Afrique, pourtant, le problème ne se pose pas uniquement en ces termes. Car si les candidats à l’Europe sont nombreux, reste que la moitié des migrants africains s’installe dans un autre pays du continent. Sur les 30 millions de personnes qui ont choisi l'exil en 2010, seul 7,7 millions ont traversé la Méditerranée constate le CERI. 3,7 millions se rendent au Moyen-Orient, 1,6 en Amérique du Nord, ce qui représente bien peu au regard de l’importance des migrations inter-africaines.

Crédit : CERI/Sciences Po

Lu sur CERI