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La France "porte le deuil" des six jeunes humanitaires tués au Niger
par AFP,
le 14 août 2020

"La France toute entière porte le deuil de vos enfants", a déclaré le Premier ministre français lors d'une cérémonie d'hommage aux six jeunes humanitaires français tués dimanche au Niger, devant leurs cercueils disposés les uns à côté des autres à l'aéroport d'Orly, près de Paris.

Myriam, Stella, Nadifa, Charline, Antonin et Léo "avaient entre 25 et 31 ans, ils étaient jeunes, généreux et brillants", a souligné le Premier ministre Jean Castex, visiblement ému, face à leurs familles rassemblées au pavillon d'honneur de l'aéroport.

Et, devant leurs six cercueils, recouverts d'un drap sombre et des portraits, "je veux avant tout exprimer la peine, la douleur, l'incompréhension, la colère de tous les Français", a ajouté Jean Castex, accompagné par le ministre français de la Justice Eric Dupond-Moretti et le secrétaire d'Etat chargé des Français de l'étranger Jean-Baptiste Lemoyne.

Dans la matinée, les dépouilles des six jeunes - quatre femmes et deux hommes - avaient été rapatriées en France par avion depuis Niamey, cinq jours après le drame.

Les six humanitaires de l'ONG française Acted ont été assassinés, avec leur chauffeur et leur guide nigériens, par des hommes armés à moto alors qu'ils visitaient la réserve de girafes de Kouré, à 60 km au sud-est de la capitale Niamey, où ils étaient basés.

Mais, a insisté Jean Castex, ces jeunes "n'étaient pas des soldats, n'étaient pas armés" et "étaient venus au Niger pour y faire le bien". Ils "y ont rencontré le mal".

- "Incarnation du mal" -

Pour le chef du gouvernement français, "ce crime odieux" "a tout d'une attaque terroriste" même s'il n'a jusqu'à présent pas été revendiqué.

Selon les premiers éléments de l'enquête antiterroriste ouverte à Paris, l'attaque "paraît avoir été préméditée" avec pour objectif de "cibler a priori plutôt des Occidentaux", a déclaré vendredi une source judiciaire française.

Les experts pointent du doigt l'Etat islamique au Grand Sahara (EIGS), actif dans la zone des "trois frontières" (Mali, Niger, Burkina Faso) où il est pourchassé par les armées nationales et la force française Barkhane, qui déploie plus de 5.000 hommes au Sahel.

"Cette incarnation du mal, la France ne la connaît malheureusement que trop (...), c'est très vraisemblablement la même haine, la même lâcheté, la même inhumanité qui étaient à l'oeuvre au Niger et au Bataclan", a déclaré M. Castex pendant la cérémonie. Le 13 novembre 2015, 90 personnes avaient été tuées par un groupe de jihadistes qui avaient attaqué la salle de spectacles parisienne du Bataclan où se tenait un concert. Au total ce jour-là, 130 personnes avaient été tuées dans des attentats à Paris et Saint-Denis.

Les six victimes avaient été envoyées par Acted au Niger, pays du Sahel parmi les plus pauvres du monde, où ils venaient notamment en aide aux populations déplacées par le conflit.

Charline F. était une doctorante de 30 ans qui avait notamment passé deux ans au Nigeria. Stella G. s'était consacrée à partir de 2015 à l'humanitaire, notamment pour Oxfam en Centrafrique. Nadifa L. avait également travaillé à Bangui pour le ministère français des Armées et réalisait un doctorat sur "la responsabilité des entreprises exportatrices d'armes". Myriam D. avait rejoint Acted il y a deux ans et était passée par la Tunisie et le Tchad avant de rejoindre le Niger.

- Acted déterminée à rester au Niger -

Léo R., étudiant de 25 ans, avait rejoint Acted en tant que stagiaire en 2019 et venait d'être envoyé à Niamey comme "volontaire". Antonin G., 26 ans, était diplômé de la prestigieuse Ecole normale supérieure et chercheur en économie environnementale.

Les deux victimes nigériennes sont Boubacar G., employé d'Acted et chauffeur du 4X4, et Kadri A., 51 ans, président de l'Association des guides des girafes du parc de Kouré.

Après l'attaque, le ministère français des Affaires étrangères a placé l'ensemble du Niger à l'exception de la capitale Niamey en zone rouge, soit "formellement déconseillée".

L'ONG Acted a décidé de suspendre temporairement ses activités au Niger mais "il n'est pas question de quitter le pays et la région, nous sommes là pour aider les bénéficiaires", a assuré son président Frédéric de Saint-Sernin.

Le co-fondateur d'Acted, Frédéric Roussel, avait regretté lundi, la "contradiction" au sein de la communauté internationale, qui demande aux humanitaires d'aller aider les populations en détresse, mais les laisse "seuls confrontés à une violence" où ils dont devenus "les cibles les plus faciles".

Partis mardi pour le Niger, l'équipe de onze enquêteurs français spécialisés, issus de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), de la Sous-direction antiterroriste et de la police technique scientifique, a terminé ses constatations sur place et doit rentrer en France samedi.